florilege

BAUDELAIRE, Charles, Les Fleurs du Mal

Opiomane, alcoolique, éternel contestataire, en faisant du Beau avec le quotidien, l'auteur des Fleurs du Mal et du Spleen de Paris a bousculé tous les codes du XIX° siècle et révolutionné la poésie. Un pur génie.

épaves

frontispice de Félicien Rops

Recueillement

 

Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille

Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

Pendant que des mortels la multitude vile,

Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,

Va cueillir des remords dans la fête servile,

Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

 

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,

Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;

Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

 

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,

Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,

Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

 

Découvrir également l'album musical : Charles et Léo interprété par Jean-Louis Murat.

 

 

aucun commentaire - aucun rétrolien

BAUDELAIRE, Charles, Le Spleen de Paris

Egalement intitulé Les Petits poèmes en prose

baudelaire

Photographie réalisée par Nadar

Le mauvais vitrier

[...]

La première personne que j'apperçus dans la rue, se fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu'à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d'ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris, à l'égard de ce pauvre homme, d'une haine aussi soudaine que despotique.

"-Hé! Hé!" Et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l'escalier fort étroit, l'homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise.

Enfin il parut, j'examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis : "-Comment ! Vous n'avez pas de verres de couleur, de verres roses, rouges, bleus ; des vitres magiques, des vitres de paradis! Impudent que vous êtes, vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n'avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau!" Et je le poussai vivement vers l'escalier, où il trébucha en grognant.

Je m'approchai du balcon et je me saisi d'un petit pot de fleurs, et quand l'homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets ; et le choc le renversant, il acheva de briser sur son dos toute sa pauvre fortune ambulatoire, qui rendit le bruit éclatant d'un palais de cristal crevé par la foudre.

Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : "La vie en beau! La vie en beau!"

Ces plaisanteries nerveuses ne sont pas sans péril, et on peut souvent les payer cher. Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance?

 

Enivrez-vous

Il faut être toujours ivre. Tout est là. C'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous reveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

aucun commentaire - aucun rétrolien

MICHELET, La sorcière

Du Moyen-Age au Grand Siècle, en passant par la Renaissance, Michelet prête sa voix aux femmes afin de nous éclairer sur le glissement intérieur d'un être souffrant, le cheminement qui mène la femme à devenir révérée et persécutée, en un mot comme en "sang" : une sorcière.

aucun commentaire - aucun rétrolien

Sophocle, OEdipe Roi

Le Valet

[...] De ce drame vous n'aurez pas connu le plus affreux : vous ne l'avez pas vu, vous. Je vais pourtant vous retracer, pour autant qu'ils se soient fixés en moi, les détails de ce que l'infortunée a subi.

lire la suite

aucun commentaire - aucun rétrolien

WILDE, Oscar, Le portrait de Dorian Gray

Le portrait d'un jeune homme à la beauté pure, qui porte pour lui les marques du temps et des péchés.

Une plume précise et poétique selon l'esthétique décadente (fin XIX°s). Une fine analyse des affres de l'homme et sa conscience... 

Chacun porte en soi le ciel et l'enfer.

 

aucun commentaire - aucun rétrolien